Varanasi, aussi connue sous le nom de Bénarès, est l’une des villes les plus sacrées de l’Hindouisme. Ce fut mon plus gros coup de coeur de ce périple en Inde. 10 mois après être rentré, il était temps de refermer la page sur ce carnet de voyage indien en vous parlant de cette fascinante découverte pendant près de 4 jours dans cette ville sur les rives du Gange au coeur de l’Uttar Pradesh, où j’aurais facilement pu passer une semaine de plus. 

Varanasi

Après un long trajet en train, à découvrir les charmes du réseau ferroviaire indien, les ronflements dans le train, le mécontentement d’un indien sur qui j’ai échappé mon guide Lonely Planet d’1kg à 3h du matin sur son visage, les « tchai tchai tchai » à chaque arrêt en gare… ça y-est nous arrivions pour ce qui s’annonçait comme le plus grand dépaysement de ce périple à travers le nord de l’Inde : Varanasi. Le dépaysement opère dès notre arrivée au petit matin, les yeux encore collés, la chaleur déjà écrasante et l’énorme envie de prendre une douche pour démarrer la journée avec un lassi banane en guise de petit dej’, puisque nos premiers pas à la sortie du wagon se font au milieu des ordures, vaches et autres odeurs indescriptibles qui montent à la tête dès 6h du matin au point de couper toute envie de lassi banane. Une fois sortie de la gare, on s’engage en rickshaw à travers les méandres de la circulation de Varanasi, avançant à coups de klaxons pour libérer la voie, éviter les piétons, les vaches, les voitures, les motos et les trous, avant d’arriver à notre dernière auberge de ce voyage.

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Tout ça, on l’a vécu, on l’a senti et ressenti, et malgré ça… La magie de Varanasi a opéré. Je peux comprendre quiconque me dira qu’il n’a pas du tout aimé, les odeurs trop prenantes, la singularité du lieu, l’ambiance. Je peux le comprendre totalement. Mais pour moi ce fut, une découverte riche, l’émotion de la fin du voyage, la rencontre avec un Saddhu qui n’avait jamais vu de photo de lui, qui ne parlait normalement qu’aux autres Saddhu mais avec qui nous avons tissé un lien très fort. Tellement marquant, que nous retournions le voir chaque jour, il nous reconnaissait au loin, même quand nous étions en barque sur le Gange. Le genre de rencontre inattendue et tellement belle. Varanasi, je l’attendais depuis bien longtemps, cette ville m’attirait pour son côté mystique et l’importance du Gange dans l’organisation de la vie spirituelle et quotidienne des hindous. Je n’ai pas été déçu. Ne vous attendez pas à un séjour gai à Varanasi, c’est l’un des lieux les plus sacrés pour les hindous, qui viennent mourir à Varanasi. La ville est l’un des plus grands points de crémations de la religion hindouiste, chaque jour, ce sont plus de 150 corps qui sont déposés sur des buchers puis recouverts d’un tissus coloré et de bois de Senthal. Les cendres sont ensuite dispersées dans le Gange, le fleuve sacré. La crémation permet de libérer l’âme des morts, jours et nuits, les cadavres se consument sur des dizaines de bûchers tout au long de la rivière. Être incinéré ici et notamment au Mani Karnika ghat, le site le plus sacré du sous-continent indien, signifie, pour le défunt, l’accession au Nirvana et la fin du cycle des réincarnations.

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Les scènes sont perturbantes pour nous occidentaux qui ne sommes vraiment pas habitués à ce type de scène. La crémation et la mort plus généralement, qui pour nous est quelque chose de confidentiel, d’intime et un moment douloureux partagés entre proches est vécue d’une manière totalement différente en Inde, en tous cas, comme j’ai pu le voir. Que ce soit un adulte, une personne âgée ou un enfant, on ne voit pas de larme couler sur les joues des proches, personne n’attise le feu, chacun attend presque patiemment que le bûcher se consume, aucune larme ne trahit leur sentiment. A quelques mètres d’un bûcher, des jeunes jouent au cricket sur les ghâts. La vie ici est animée autour du Gange, chaque matin, les croyants se lavent, urinent, font leur lessive dans l’eau du Gange, où corps et cendres se mélangent. Ma description est vraiment funèbre, morbide, et si j’avais lu moi même ces mots, ils m’auraient certainement dissuadé d’y aller. Malgré cela, et ne me prenez pas pour un fou, nous avons adoré Varanasi. On ne vient pas à Varanasi pour voir la ville, mais pour la ressentir. Il y a quelque chose de fort qui se passe ici et voir l’importance que toutes ces processions ont pour les hindous ne peut pas vous laisser indifférent, on ne va pas à Varanasi comme on visite le Taj Mahal.

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L’humilité règne ici, la confusion aussi pour nous qui ne sommes pas habitués à côtoyer la mort d’aussi près et le culte qui lui est accordée dans la culture hindou. 20, 30 ou 50 peut-être ? Je ne sais pas de combien de crémations nous avons été témoins en quatre jours passés ici, mais une chose est sûr, on ne revient pas de Varanasi comme on y est arrivé. Je me souviens avoir été choqué de voir deux parents avec une poussette. Qu’on voyage avec un enfant en bas âge, ne me choque absolument pas, au contraire. L’enfant ne se rappellera peut-être même pas de cette expérience, mais la poussière, la cendre, les odeurs, les sons dont nous sommes les témoins vous marquent forcément, et pour longtemps. Faire un voyage en Inde, c’est déjà quelque chose, mais vivre et ressentir Varanasi est une expérience qui n’a, pour moi, rien à voir. Chaque pas, chaque coup d’oeil, vous dévoile une nouvelle scène de vie que l’on aimerait figer ou parfois simplement oublier, mais tout cela fait partie du voyage, dont le souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire. Si j’ai eu des coups de coeur pour de nombreux endroits en voyages, j’en ai également eu un pour Varanasi, impossible à expliquer, et pour des raisons totalement différentes que pour ces autres endroits qui ont su m’éblouir. On peut se perdre dans les ruelles qui serpentent à travers la ville très étendues, pensez à emporter une carte avec vous. Prenez le temps de prendre le temps à Varanasi, de vous assoir un peu en arrière et regarder le « spectacle » qui s’offre à vous. Oubliez tout regard inquisiteur, regardez simplement et faites vous votre propre opinion. Prenez le temps de discuter avec les locaux, ils sont l’âme de cette ville, avec des histoires toujours incroyables à raconter, qui feront de ce voyage, une expérience encore plus hors du commun.

Namaste.