Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir réaliser un rêve… celui de partir découvrir une destination qui attisait ma curiosité depuis bien longtemps. Alors que la neige venait frapper à ma porte, j’ai ressorti de l’armoire mon short de bain, mes t-shirts et la crème solaire pour ce qui s’annonçait comme le dépaysement le plus total. L’excitation du départ faisait fourmiller mes jambes, je me laissais prendre au jeu d’assembler le puzzle de toutes ces images d’Asie que j’avais en tête… et pourtant rien, non vraiment rien ne me laissait présager un si gros coup de coeur. Pas une seconde je ne pensais autant tomber sous le charme de ce pays, de cette culture et surtout de ces sourires.

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Philippines

J’imaginais des étendues de rizières luxuriantes, des scènes de vie comme j’avais pu en trouver en Inde, des plages de rêves… J’y ai trouvé bien plus. J’y ai découvert non pas une Philippines, pas un pays au singulier, mais bien des Philippines, un pays aux mille regards, aux sept mille îles. Un concentré de couleurs, de senteurs et de saveurs, de rires et de sourires, entre terre et mer, proximité et hauteur. Les Philippines sont tout à la fois, l’exhaustivité d’une vie simplement menée et la richesse d’une âme prête à donner et échanger, partager. Plus que nulle part ailleurs, les Philippines ne se visitent pas, ne s’arpentent pas, mais se rencontrent. De Manille, sa capitale éclectique aux confins de ses terres, des alentours de ses îles aux profondeurs de ses eaux, de ses visages marqués par les strates d’une vie bien remplie à ces sourires d’enfants, rieurs, taquins; tout n’est qu’une question de rencontre avec l’autre.

On entasse les camions, les étales de marché, les pirogues, comme pour mieux s’enlacer, et s’immerger dans cette chaleur ambiante, non pas celle de l’air, mais bel et bien celle qui vient de là, du fin fond des cœurs.  Les bassines de poissons s’entrechoquent en écho aux parties de jetons jouées en arrière fond des étales. Les rires fusent au coin de la cour de récréation. Le dynamisme de Manille enrôle et apaise la sagesse des hautes terres. Les effluves bruyantes de la ville s’arriment à l’entremêlement des lianes sauvages, comme une jolie métaphore de ces vies solitaires et solidaires loin de l’urbain, qui font tout le charme de cette région. Une main tendue, le regard de ce garçon à travers le chambranle de la pièce, la démarche de cet homme…

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J’y ai pris mon sac et mes yeux d’enfants pour m’émerveiller de tout et de rien, mais surtout de tout. On double les pedicabs sur fond de cocotiers. Cheveux aux vents, le véhicule s’engouffre dans les routes sinueuses avant d’arrêter le cauchemar de la mécanique bien huilée mais qui accuse le poids des années, au Coco Grove. Ce village sur l’île de Siquijor. Cet endroit hors du temps entre cahutes et bungalows, où il fait bon ressortir lorsque l’horizon accueille à bras ouverts le soleil qui se couche avant de s’endormir bercé par le son des vagues.

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J’y ai vogué sur une bangka fendant les flots de cette étendue au bleu enivrant. Mes yeux ne quittent pas l’île de Balicasag, cette terre promise, ce petit bout du monde à peine aperçu au moment d’embarquer qui se révèle un peu plus à chaque mile parcouru. La chaleur des premiers rayons du soleil embrasse la légère brise, l’instant est magique, le sentiment de liberté est infini. J’y ai nagé de toutes mes forces, ne me préoccupant plus d’être à court de souffle ou de force, je ne songeais qu’à profiter de l’instant que d’être là, seul à nager avec cette tortue, redoublant d’effort, appuyant encore plus fort sur mes jambes pour me propulser toujours plus dans cette ivresse sous marine.

J’y ai navigué au creux des terres, sur les rives de cette culture qui n’est pas mienne mais qui étreint chaque jour un peu plus mon coeur et mes yeux. Si j’avais su que je tomberais si vite amoureux de ce lieu. Oui, si j’avais su que je partirais de là avec la conviction ferme d’y revenir au plus vite, de l’emmener avec moi cette fois-ci, arpenter ces récits de vie, ces embruns de bonheur, de joie de vivre à l’état pur.  L’attraper par la main et l’immerger, comme je l’ai été, dans ce tourbillon de leçons, les yeux grands comme cela, attrapant toutes ces mains tendues, ces portes ouvertes ou entre-ouvertes sur chaque moment.

Philippines

Les Philippines sont un patchwork de vie, une claque à chaque coin de rues de terre battue, au détour d’un panier de gingembre, d’une étale de fruits, d’un sourire. Ces îles m’ont accueilli à bras ouverts, je m’y suis plongé à corps et coeur perdus. Je suis revenu transi d’un sentiment que je n’avais jamais rencontré, celui qui rend chaque jour un peu plus émerveillé, fou, heureux, libre… celui qui pousse à attraper chaque sourire, chaque regard et ne jamais les lâcher, celui qui vous obsède après le retour, celui qui vous fait tout oublier, celui qui ne vous fait plus penser à rien d’autres que : « Quand est-ce que j’y retourne ? ».

Salamat Philippines.