« Pourquoi acheter ses jouets, quand on peut les fabriquer soi-même ? »
Ce sont les mots de son père qui résonnent toujours, 20 ans plus tard dans la tête de Mardjane.

Aujourd’hui, je vous présente une nouvelle vidéo que j’ai tourné, dans un style assez nouveau pour moi : un mini documentaire. THE HANDCRAFTER, est le portrait de ma talentueuse colloc’ et amie, Mardjane, qui créé des objets avec ce qui l’entoure. Comme première expérience en portrait vidéo, elle était mon sujet de choix pour me lancer dans ce grand bain. Cela fait plusieurs mois que je souhaite tenter l’expérience du documentaire vidéo, c’est quelque chose qui m’a toujours attiré et qui m’a poussé à me lancer dans la réalisation de vidéos il y a un peu plus de 2 ans.

Et si jusqu’à présent mes clips par ci, par là, n’avaient rien à voir avec le documentaire, c’est parce que je cherche à me former par l’intermédiaire de toutes les expériences possibles. Force est de constater que j’ai progressé et j’avais à coeur depuis quelques mois d’enfin tenter l’aventure. Comme première expérience, on ne peut pas appeler ça un premier documentaire alors je l’appelerais portrait vidéo. J’espère que le résultat vous plaira, et pour ceux qui veulent en savoir plus sur comment je m’y suis pris, pourquoi, et voir des photos behind the scenes, vous n’avez qu’à scroller ci-dessous : j’explique tout en détails : préparation – tournage – montage.

Action !

Préparation

Avant de me lancer dans un projet de plus grande envergure, j’ai commencé par me lancer un but : créer un portrait vidéo de 5 minutes maximum, à propos d’une personne. Ces dernières semaines, j’ai accumulé un nombre incommensurable d’articles lus, de vidéos regardées et de pioche aux conseils ça et là sur les forums dédiés pour acquérir quelques avis avant de me lancer dans ce portrait. Et comme avec chaque nouvelle chose qu’on essaie, vient son lot d’erreur et d’apprentissage. Cette première expérience a été très formatrice, et j’ai déjà hâte de recommencer.

Pour « The Handcrafter« , je ne suis pas allé chercher mon sujet très loin. Depuis quelques moins dans notre collocation, je vois Mardjane créer des objets, découper des morceaux de papiers, les coller, écrire, les relier, plier… et je me suis dit qu’elle ferait un bon sujet pour une première. Elle pourrait me parler de sa passion pour la fabrication d’objets à la main, de ce qui l’inspire, ce qu’elle aime faire et d’où ça vient. L’avantage de faire ça avec elle, c’est que nous nous connaissons déjà, et elle pardonnerait plus facilement mes erreurs pour la diriger dans l’interview, ce qui me permettrait à moi, d’apprendre sur le tas, avec un stress un peu moins grand qu’avec un inconnu.

On en a parlé vaguement la semaine en se croisant à l’appartement puis le jour du tournage est arrivé.

Tournage

LE MATERIEL

  • Canon 6D
  • Canon 50mm f/1.4
  • Canon 20mm f/2.8
  • LCD EVF
  • Micro ZOOM H2
  • Steadicam Flycam SLR Nano
  • Trépied Gorillapod SLR ZOOM

Je savais déjà que je voulais filmer la scène à 100% dans sa chambre puisque c’est là qu’elle réfléchit, pense, crée et finalise ses créations. On a profité de la lumière blanche de l’hiver à Montréal qui filtrait par sa grande baie vitrée pour avoir une lumière douce et diffuse pour faire l’interview. On a pris le parti de la faire s’asseoir par terre, puisque c’est là qu’elle passe le plus clair de son temps. Je sais aussi qu’elle fait beaucoup de vélo et que c’est lorsqu’elle pédale que beaucoup de ses idées lui viennent, je savais donc aussi que je voulais tourner quelques plans à vélo, notamment pour le premier plan d’intro, car j’imaginais très bien un plan traveling couplé au ralenti.

J’ai utilisé mon Canon 6D avec le 50mm f/1.4 pour l’interview avec une ouverture à f/4 pour que la zone de mise au point ne soit pas trop courte pour qu’elle puisse bouger et s’exprimer sans se retrouver avec le visage dans le flou. J’ai choisi de filmer en 1920 * 1080 30fps pour avoir la plus grande qualité car je savais d’avance que je n’aurais pas besoin de ralentir les images, sauf les plans sur le vélo qui eux ont été tourné en 720 60fps puis upscalé en 1080 pour l’export final. J’ai utilisé le hack Magic Lantern sur mon boitier pour avoir les cropmarks (les bandes noires pour visualiser directement comment rend mon cadrage au format 2.35 tout en filmant en 16/9) car je savais que je voulais exporter la vidéo finale au format 2.35 et non en 16/9ème pour donner un rendu un peu plus cinématographique.

Behind the scenes

Si j’ai récemment fait des tests de tournage en raw avec Magic Lantern, j’ai pris le parti de rester en H264 pour ce projet et pour encore longtemps. Si la différence de qualité et de rendu avec le raw comparé au H264 est indéniable (voir mon article ici), le workflow reste encore beaucoup trop fastidieux et long pour le moment, j’ai donc décidé de rester en H264 pour me faciliter la vie et ne pas me réfugier derrière la technique pour cacher de mauvaises capacités à raconter mon histoire. Cette fois ci j’ai pris le taureau par les cornes, en choisissant la facilité du H264 pour ne pas trop soucier de l’aspect technique mais être plus attentif à mon histoire et m’occuper d’avoir une mise au point absolument parfaite, encore une fois dans le but d’apprendre et progresser.

Le reflex était posé sur le Gorillapod SLR Zoom, la meilleure solution que j’avais pour pouvoir la filmer proche du sol, sachant qu’elle était assise par terre. Mon setup était minimaliste et compact et c’était tant mieux, ça m’a évité de trop impressionner mon sujet avec des tonnes de matériels autour d’elle, qui de toute façon aurait été superflus. Nouvelle leçon de retenue.

Behind the scenes Behind the scenes

J’ai utilisé mon micro ZOOM H2, posé simplement à 40cm en contrebas de mon sujet pour enregistrer l’audio, en réglant les inputs sur « Medium ». J’ai depuis commandé un micro cravate qui ne devrait désormais plus tarder à arriver, mais je suis vraiment satisfait de ma prise de son avec l’enregistreur.

Enfin, pour l’éclairage de l’interview, nous étions très proche de sa grande fenêtre qui laissait passer une lumière blanche, douce et diffuse comme Montréal en a le secret à cette période de l’année. La source de lumière arrivait à la droite de Mardjane, j’ai donc installé (avec les moyens du bord) une feuille A3 blanche à sa gauche, pour que la lumière se reflète dedans et la renvoie contre le côté gauche de son visage afin de déboucher un peu les ombres sur ce côté moins éclairé.

Behind the scenesBehind the scenesBehind the scenes

Une fois l’interview terminée, on a profité de la lumière grise et hivernale de fin de journée, pour aller dans la rue tourner les plans à vélo. J’ai sorti ma planche de skate et ma steadicam pour pouvoir la suivre tout en ayant un mouvement type traveling fluide et stable. J’ai passé le 6D en 720 60fps et monté le 20mm f/2.8 pour avoir un plus grand angle.

De retour à l’appartement, je l’ai ensuite filmé dans son environnement, en train de faire un bracelet, pour illustrer la partie où elle raconte qu’elle vendait ses bracelets à 12 ans sur le perron de la maison et toutes les créations qu’elle avait sous la main et qui pourraient illustrer ses propos par rapport à ce qu’elle avait dit. J’ai utilisé mon LCD EVF fraichement arrivé pour m’aider à mieux gérer ma mise au point et surtout ajouter un point de contact avec mon oeil pour stabiliser mes plans. Une merveille. L’ensemble de ces plans B ont été tourné au 50mm f/1.4.

Montage

Pour le montage, j’ai commencé par synchroniser manuellement le son enregistré par le ZOOM H2 avec la vidéo du 6D. Une fois que mon interview était calée et que j’avais sélectionné les passages que je voulais conserver et qui serviraient de voix-off pour l’ensemble de la vidéo, je me suis mis à monter les images et les assembler. J’avais cette musique de Lowercase Noises, trouvé quelques mois auparavant sur The Music Bed, en tête dès que j’ai ouvert Adobe Premiere Pro, j’aimais son côté cinématique sans en faire des tonnes et je trouvais qu’elle se fondait très bien avec l’ambiance globale de la vidéo. J’ai publié un article sur les droits musicaux en vidéo il y a quelques temps, si ça vous intéresse c’est par ici. J’aurais pu commencer par la phrase d’intro qui présentait Mardjane, mais j’ai préféré plutôt insister sur l’importance de cette phrase que son père lui a dit lorsqu’elle était enfant et qui semblait sincèrement avoir joué un role majeur pour elle. Ca tombe bien, j’avais vraiment envie de commencer ce portrait vidéo avec une phrase qui accroche, qui embarque tout de suite dans le sujet. J’ai ensuite pioché dans mes plans pour illustrer ce qu’elle racontait. Une fois le montage bouclé, je suis passé à la retouche couleur. J’ai commencé par uniformiser la balance des blancs sur l’ensemble de la vidéo puis ai appliqué ma retouche couleur finale par dessus. Je voulais conserver des couleurs douces mais chaudes pour refléter le côté chaleureux de l’ambiance d’une chambre, des doux souvenirs de son enfance. Il ne me restait alors plus qu’à faire le sous-titrage, exporter et mettre en ligne.

 N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez 🙂

Photos : SONY RX100 par Samantha